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Lèna Raimbaud, l'Aventurière de l'anneau


                                             

Décathloniens et combinards sont devenus sous la plume magistrale d'Antoine Blondin (1922 – 1991) : « Les spécialistes des généralités. » L'un des plus talentueux chroniqueurs du journal « L’Équipe » donnait ce qualificatif aux acteurs des épreuves combinées à une époque où ceux-ci ne connaissaient que le plein-air estival. Depuis, comme les autres disciplines de l'athlétisme, la pluridisciplinarité a su se mettre à l'abri durant l'hiver et laisser ses adeptes s'exprimer lorsque pointent les premiers frimas de novembre.

À ce jeu, les féminines ont vu leurs 8 épreuves de l'heptathlon se résumer aux 5 du pentathlon sans pour cela perdre l'âme substantielle de la discipline. D'ailleurs le grand Blondin n'en aurait pas pour autant arrêter d'en encenser tous les acteurs.

 

Qu'aurait pu écrire l' « Antoine» à propos de Lèna Raimbaud, cadette combinarde de l'AC La Roche devenue championne régionale des Pays de la Loire le 8 janvier dernier. Il n'aurait sans doute pas hésiter à rappeler que la  protégée de David Groisard possède suffisamment d'appétit de connaissance et de soif de curiosité pour en faire une de ces « Aventurières de l'anneau ». Des capacités que l'entourage de la demoiselle signale : «Lèna a pris sa première licence d'athlétisme à 9 ans. Elle voulait s'essayer sur une autre discipline sportive. » Une volonté d'essai teintée de découverte que la Yonnaise a vite mis à profit pour ne pas s'arrêter à une seule discipline, et embrasser toutes celles de l'athlétisme. Ses proches la définisse « volontaire et déterminée ». Pourtant l'élève de seconde se dirigeant vers une filière scientifique est soupçonnée, par ces mêmes personnes, de « manquer parfois de confiance en elle. » Ce doute qui assaille bien souvent les plus brillants ne s'est pas de suite manifesté le dimanche 8 janvier en Bretagne dans le stade couvert  Robert Poirier à Rennes. L'assurance démontrée dans le survol des haies, la puissance de son lancer, l'aisance de son envol ou encore la maîtrise de son bond, n'ont connu qu'un bémol exprimé sur les 4 tours de l'anneau rennais lui octroyant toutefois les lauriers ligériens.

 

Certes Lèna avait déjà connu les honneurs régionaux dédiés aux combinards. C'était l'an passé, le 2 janvier. Ce jour-là à Nantes, la petite fée yonnaise des épreuves multiples n'avait rien trouvé de mieux à faire que débuter l'année en empochant le titre suprême ligérien du pentathlon minime fille. Dans le Stadium métropolitain Pierre Quinon, Lèna réalisait 8''10 sur 50 m haies, 1,54 m en hauteur, 9,20 m au poids, un bond de 4,59 m en longueur, avant de conclure par un 1000 m en 3'47''78 pour inscrire au palmarès régional du Pentathlon minimes un total de 2856 points.

 

Voulait-elle marquer cette année où, fait unique pour un championnat des Pays de Loire, l'édition 2017 des épreuves combinées se déroulait en Bretagne ?

Néanmoins sa tâche s'annonçait plus ardue qu'en 2016 puisque la Sévrienne Louise Maraval (Entente Sèvre), Maestria vendéenne des épreuves combinées de sa génération, pointait parmi les participantes, l'abandonnant ainsi à son rôle d'outsider.

Si au terme de la compétition Léna grimpe sur la plus haute marche du podium en totalisant 3186 points, Louise la talonne avec 3155 points. David Groisard, l'éducateur-entraîneur yonnais relativise : « Louise Maraval passe un peu à côté de son concours de longueur. Elle ne semblait pas être dans un grand jour. Quant à Lèna, l'élément positif c'est qu'elle a de suite attaqué cette épreuve pour faire un gros score. » Ainsi dans sa lutte l'opposant à la demoiselle au maillot vert, Lèna réussit d'emblée un victorieux 60 m haies en 9''31, à 10 centièmes de son précédent record. Ensuite avec 1,60 m, elle égale sa meilleure barre en hauteur avant de confirmer sa forme au poids en poussant le 3 kg à 10,09 m (ancien record : 9,13 m). Puis son saut horizontal de 5,14 m (Ancien record : 5,06 m), lui assure les meilleures auspices à cet instant de l'épreuve. Pourtant, ainsi que l'explique son mentor : « Lèna passe au travers de son 800 m en le bouclant en 2'49'31 alors qu'elle possédait un record de 2'38''16 réalisé le 20 novembre dernier à Nantes. » Une vitesse réduite de près d'un kilomètre deux cent qui la prive de 123 points et d'un peu de sérénité selon son analyste d'entraîneur : « Si Lèna avait réussi la même perf sur 800 m qu'à Nantes, elle était quasiment assuré de participer au France. Avec son chrono breton et le total qui en découle il va falloir attendre pour voir ce qu'il en résultera au bilan. »  Cependant, si au soir du 22 janvier celle qui incarne la nouvelle vague yonnaise du pluridisciplinaire se trouve classée dans le Top 16 français des cadettes, elle obtiendra son sésame pour le championnat de France d'épreuves combinées du 4 février à ... Rennes.

 

Appartenant à « la même génération ACLR (2000-2001) que Clara (Gommier) ; Théa (Géraud) ; Ludovic (Loizeau) ; Kellian (Jolly) ; Arthur (Plault) » relatée par David l'éducateur, la championne régionale cadette ligérienne et son groupe du nouveau millénaire donneront-ils pleine satisfaction aux attentes de Groisard l'entraîneur : « Bien sûr dans le futur on attend de belles choses de tout ce petit monde. Pour sa part, Lèna s'entraîne quatre fois par semaine. Si l'entente au sein de ce groupe est à préserver, l'investissement de chacun déterminera leur progression et la limite qu'ils pourront atteindre. »

 

Un petit coup d’œil dans le rétroviseur du temps permet toutefois de mesurer le chemin parcouru par Lèna. Arrivée en septembre 2010 dans les rangs yonnais, celle qui est allée glaner les lauriers ligériens à Rennes faisait ses premiers pas en compétition le 27 novembre de cette même année en terminant 3e du Kids Athletics à la Roche sur Yon. Sous les couleurs jaunes et grises elle conclut en 2012 sa première expérience pluridisciplinaire en poussine en prenant la seconde place d'un triathlon athlétique disputé dans l'infrastructure vendéspacienne de Mouilleron le Captif. En ce 15 décembre 2012, Lèna, déjà sous la protection de David Groisard, comptabilisait 60 points pour un poids à 6,86m ; une hauteur à 1,15m ; et un 50 m haies en 10''89. Aujourd'hui, Lèna pointe régulièrement à 111 points pour ses triathlon indoor (116 en plein-air) et les perfs de 2012 semblent appartenir à un autre temps.

Ce n'est pourtant rien d'autre que celui d'avant marquant le départ de cette période où Lèna choisit de se spécialiser en généralités.

À moins que l'on ne soit entré dans cette ère où ce titre ligérien indoor (comme celui de Ludovic Loizeau en cadet garçon) va incarner le nouvel élan yonnais consistant à généraliser les spécialités ?

Toute une aventure !


Philosophe et théoricien , Nicolas Machiavel (1469 – 1527) se plaisait à rappeler : « Un changement en prépare un autre ! » En tenant compte de ce propos machiavélique, est-il possible d’entrevoir une suite à la performance réalisée par Léna Raimbaud lors des régionaux d'épreuves combinées indoor ?